Brouillon retrouvé

Le train

2 mars 2018 Une réalité 6 révisions

Ça a frappé comme un train. Chaque jour un peu plus fort. Puis, ça a diminué jusqu'à arrêté.

Ce n'est pas quelque chose qui s'explique en quelques lignes, je préfère vous avertir.

Je commence donc par le début. Pas le début début, mais le début qui permet de se mettre en contexte pour comprendre.

Début de la mise en contexte.

Ça a fait quatre ans en décembre passé que je travaillais temps plein dans ma propre entreprise. Deux ans seul, ensuite ma conjointe s'est jointe à moi. Puis un employé temps partiel s'est joint à nous, et est parti un peu plus tard. Et ma conjointe est parti en congé maternité, en août. Quatre ans à travailler quand je veux, sur ce que je veux, avec qui je veux, au prix que je veux. Bref, quatre ans à n'avoir de compte à rendre qu'à moi-même. Et à mes clients. Environ deux ans à travailler de paire avec ma conjointe. À prendre la journée off à aller se promener ensemble en ville parce que le client peut attendre et que je suis pas dans le mood pour travailler. Ça donnerait pas grand chose anyway, ça me tente pas. Je risque de passer ma journée à flâner. Aussi bien attendre que l'envie de productivité revienne.

Quatre ans à m'amuser. Mais aussi, à stresser pour les entrées d'argent. À achaler mes clients de me payer plus vite. À achaler mes clients de me payer. À ne plus savoir quoi dire à certains clients pour me faire payer. À avoir des milliers de dollars qui rentrent dans un mois, puis aucun pendant les trois prochains. Des libertés qui ne viennent pas sans leurs lots de tracas. Mais somme toute, dans l'ensemble, je gère bien.

La gestion, la facturation, la vente, les taxes, les déclarations annuelles, les paies. Je fais tout. Je suis fatigué. Je commence donc à regarder les emplois. Je pense à vendre mon entreprise, à fusionner avec une autre, à changer de métier, à si, à ça. Mais j'ai peur. J'aime ma liberté. Je courtise, je tente des associations, je test, j'avance d'un pas dans une démarche je recule de deux. Je ne suis sûr de rien.

Un peu avant tout ça, on remonte de trois ans, mon petit garçon vient au monde. Je me tape une dépression / crise d'anxiété généralisée qui dure plusieurs semaines. Je cesse de travailler quelques semaines. Par chance, j'ai une sécurité dans le compte de banque pour me le permettre. On revient dans le quasi-présent, octobre passé, mes jumelles naissent. Quasi copier/coller, crise d'anxiété généralisée qui dure plusieurs semaines.

Je ne mange plus, je n'ai plus envie de rien, la vie c'est de la marde, qu'est-ce que j'ai fais là, comment je vais survivre à aujourd'hui, et pire, à demain.

Donc, les jumelles naissent, état d'anxiété généralisée. Ça passe. J'ai 5 semaines de congés payés avec le Régime québécois s'assurance parentale, ça aide. Je retourne au travail, un peu à reculons. Je suis définitivement tanné de ramer tout seul. Je prend finalement la décision début janvier : c'est fini, je fais un move. Sois je me trouve un emploi et je ferme mon entreprise, sois je fusionne avec une autre. Peu importe. Je rentre sur le payroll d'une autre entreprise. Pus capab'.

Grosse décision.

Vers mi janvier dernier, je commence à envoyer des C.V, chose que je n'ai pas faites depuis je ne sais quand.

Je travaille à la maison depuis longtemps, et je souhaite idéalement continuer ainsi. Mes recherches se font donc principalement dans les entreprises qui cherchent un développeur Web à distance. Sauf que depuis plusieurs mois / année, je courtise une entreprise régionale avec laquelle j'ai une longue et bonne relation d'affaire. Je leur dis donc que j'ai décidé de faire un move définitif, et que s'ils sont intéressés, moi aussi.

Parle parle, jase jase, nous définissions les grandes lignes de ce que je recherche et de ce qu'ils recherchent et de qu'on a s'offrir mutuellement. Étant régional et « proche » de la maison, le remote est plus ou moins discuté. Il est implicite que je vais travailler dans leurs bureaux. Ça me va plus ou moins. Ça joue en leur défaveur dans ma prise de décision, mais d'un autre côté, je les connais tous. Ça, c'est un gros plus. Ce n'est pas inconnu du tout. Je sais à quoi m'attendre des gens là-bas. Je sais ce que j'aurai à faire.

D'un autre côté, en envoyant mon C.V à une entreprise à cinq heure de route de chez moi, je reçois un appel d'eux la journée-même. Ils étaient à appeler leur candidat choisi cette journée-là, leur processus de sélection était terminé. Ils avaient fait passé des entrevues et tout le tralala. Mais là, ils ont reçus mon C.V et sont super intéressés. Ça adonne bien, moi aussi. Le fit semble génial. Parle parle, jase jase, mais ça doit se faire vite : ils ne veulent pas trop faire attendre l'autre candidat, au cas où je déclinerais. Tout ça se passe un vendredi : ils reçoivent mon C.V, m'appellent, me font passer une entrevue téléphonique avec le directeur des technologies, me refont passer une entrevue avec le vice-président technologies, puis me font passer un test de programmation qui devait me prendre trois heures mais que je fais en trente minutes, puis me disent qu'ils aimeraient que je me joigne à leur équipe et me font une offre. Je suis excité, mais leur offre est insuffisante. Le dimanche, je fais une contre-offre. À ma grande surprise, quelques minutes plus tard, ils me font une contre-offre qui se rapproche de mes demandes. Je leur demande si je peux prendre jusqu'au mercredi pour y penser. Ils me disent que par soucis d'équité envers les autres candidats, que non, je dois donner ma réponse lundi en fin de journée maximum :

Pour ce qui est d’attendre à mercredi, ce ne sera pas possible. Ce n’est pas une question de vous mettre de la pression, c’est juste par respect pour les candidats qui sont venus passer une entrevue chez nous. Nous leur avons promis une réponse pour vendredi, maximum lundi (donc demain). Comme je vous l’expliquais, nous avions déjà sélectionné un candidat et le processus d’embauche était techniquement terminé quand vous avez postulé. J’aurais donc besoin d’une réponse d’ici 16h00 demain sans quoi nous offrirons le poste au candidat que nous avions préalablement sélectionné. J’en déduis que vous êtes probablement en attente d’une réponse de l’agence de placement ? Si c’est le cas, vous êtes peut être mieux de l’attendre car je ne voudrais pas que vous acceptiez le poste chez nous et par la suite regretter, ou décider de nous quitter par la suite lorsque vous recevrez la réponse mercredi. En ce qui nous concerne, nous préférions votre candidature, mais le 2e candidat convenait à nos besoins et ses attentes salariales étaient plus près de la réalité du marché dans notre région. Bref nous ne pouvons pas nous permettre de risquer de perdre le 2e candidat en attendant une réponse favorable de votre part qui pourrait ne pas venir. La nuit porte conseil, mais ne prenez pas de décision hâtive. Si vous avez un doute, je préfère donner le poste à quelqu’un d’autre.

Ceci est important dans cette histoire :

La nuit porte conseil, mais ne prenez pas de décision hâtive. Si vous avez un doute, je préfère donner le poste à quelqu’un d’autre.

J'appelle donc l'entreprise régionale intéressée également en m'excusant de leur imposer ceci mais que j'ai besoin de leur offre le plus tôt possible, genre le soir-même, quand il est déjà dimanche 17h. Ils acquiescent.

Le lendemain matin, j'ai deux offres devant moi. Une où je travaille à distance, avec quelques déplacements occasionnels à Montréal et l'autre où je dois me déplacer chaque jour. Le salaire annuel est le même, le premier à 34h/sem et l'autre à 35h/sem. Le premier donne un bonus de performance et permet de faire jusqu'à 40h, permettant, si je suis vraiment crinqué, de faire plus de sous. Gros bémol, le premier offre 2 semaines de vacance, le 2ème 4 semaines. Le deuxième offre un poste de cadre, sans surveillance des allées et venues.

Je dois prendre une décision la journée-même, avant 16h.

Un choix pas facile. Ma conjointe et moi en discutons trèèèèès longtemps. J'en parle à ma mère. Je cherche des conseils. J'aimerais que quelqu'un d'autre prenne la décision.

Je décide d'y aller pour le travail à distance. Je ne sais pas si je fais le bon choix, mais c'est facile, je reste chez moi. Très difficile à dire. Si peu de temps. Mais je suis assez satisfait de ma décision. J'annonce donc à l'entreprise régional qu'après des mois/années de courtisaneries, je disparaissais encore. Pas facile à annoncer.

Nous sommes mi-janvier.

Je dois revenir un peu en arrière. Nous reviendrons ici dans quelques instants.

Début décembre, notre renouvellement d'hypothèque est dû dans quelques mois. Ça fait plusieurs mois qu'on parle d'un projet d'agrandissement de la maison pour mieux répondre à nos besoins. Nous nous faisons présenter la soumission d'une des entreprises les mieux cotés dans les alentours et c'est trèèèès cher. Ce n'est pas rentable financièrement, la maison agrandie ne vaudrait pas, sur le marché, le prix qu'elle nous coûterait une fois agrandie. Nous avons deux choix : endurer ou déménager. Nous décidons de mettre la maison en vente. Mais avant, il reste deux rénovations en suspends : la salle de bain du rez-de-chaussée et le recouvrement de plancher dans la cuisine / salle à manger. Et ça coûte des sous. J'annonce mon récent nouvel achat, mon VTT avec sa gratte que j'adore, et ma motoneige que je viens tout juste de terminer de faire réparer pour plusieurs centaines de dollars. Ça se vend en quelques jours. Totalement motivé par tout ça, je décide de faire les travaux moi-même. Je détruis la salle de bain. Puis je laisse ça comme ça quelques jours. Le projet est beaucoup trop gros. Je me met donc à la recherche d'un entrepreneur, mais disponible immédiatement car si on veut arriver dans les dates, il faut mettre en vente début janvier. La semaine avant Noël, nous trouvons notre perle rare. Ça coûte pas mal de sous, mais il termine vers la première semaine de janvier. Un temps des Fêtes pas très reposant, disons !

Retour mi-décembre, lorsque nous décidons de rénover et vendre, nous nous mettons en mode magasinage. Quel plaisir, ou pas, de magasiner les maisons. Nous savons ce que nous voulons. Au moins 5 chambres et un grand bureau, un grand hall d'entrée avec du rangement, beaucoup de luminosité, beaucoup de verdure, au moins deux salles de bain. Nous trouvons « la » maison. C'est la seule que nous visitons. Notre choix est fait.

Retour en mi-janvier. Les finances ne sont pas à leur top : j'ai vendu des actifs pour les passer en rénos pour vendre une maison impeccable (nous avions déjà rénové tout le reste au fils des quatre dernière années), le temps des Fêtes, les frais de DuProprio.

Depuis le retour au travail après la naissance des jumelles en octobre, je n'ai vendu aucun nouveau mandat. Pour diverses raisons. Le solde du compte de banque de l'entreprise diminue. J'ai peu de coussin financier. Donc, comme vous le savez, je prends la décision de faire un move professionnel. Le côté monétaire y est donc pour beaucoup aussi.

Je sais, et je vous l'avais dis, ce n'est pas une mise en contexte qui se fait en quelques lignes.

Retour à mon changement professionnel. J'ai dis oui à l'entreprise remote, j'ai dis non à l'entreprise régionale. Nous sommes lundi. Le mercredi, vers 16h, je reçois un appel de mon nouvel employeur me disant qu'il est maintenant temps de signer électroniquement mon contrat de travail et que, comme convenu auparavant lors de nos échanges, lundi suivant, je me déplace à leur bureau deux jours pour rencontrer l'équipe, faire un transfert de connaissances, etc.

Fin de la mise en contexte

C'est là que ça commence.

Je remonte le temps un peu, pour bonifier ma mise en contexte, la situer dans le temps et la résumer :

  • Début 2017 : ma conjointe et moi décrochons un énorme mandat, un de mes plus gros, qui s'annonce très excitant.
  • Août 2017 : le mandat est censé être livré le mois prochain mais des retards du client font que nous sommes en retard et sur pause. Ma conjointe doit quitter pour son congé maternité, je me retrouve seul à devoir tout faire. Ce n'était pas le plan. Si le client n'avait pas retardé le projet, ma conjointe aurait terminé sa partie et le mandat serait complètement livré en septembre. Ma conjointe tombe à 70 % de son salaire.
  • Septembre 2017 : je dois me chicaner très fort avec un autre client pour me faire payer plus de 20,000 $, car son client à lui prend son temps (je suis sous-traitant). Je dois également faire les tâches que ma conjointe n'a pus faire, non pas par sa faute.
  • Octobre 2017 : les jumelles naissent. Le gros mandat doit conséquemment être mis sur pause par ma faute, car je dois quitter 5 semaines. Ceci n'aurait jamais dû arriver puisqu'il aurait été livré en septembre si le client s'était occupé des ses affaires comme il le devait. Crise d'anxiété généralisée dû à la naissance et à la perte de mes repères. Je me couche à 19h, ma conjointe fait une partie de la nuit. Je me réveille à 3h, ma conjointe va au dodo quelques heures, mon fils se réveille entre 6 et 7h. Ce n'est pas un vie. Ma fin d'année d'entreprise arrive, je dois m'y préparer.
  • Novembre 2017 : je retourne dans ce foutoir de gros mandat où rien ne bouge, tout n'est que conflit avec un client qui refuse de coopérer. Mais je suis content de retourner au travail, c'est beaucoup moins exténuant que deux bébés.
  • Décembre 2017 : le foutoir du mandat se place un peu. Nous faisons rénover. Je vends des choses pour financer. Je gère la qualité et fais imanquablement mon pointilleux sur la finition.
  • Janvier 2018 : nous mettons en vente, je décide de fermer mon entreprise et travailler remote dans une entreprise située à cinq heure de route de chez moi.

Du stress ? Ben voyons, où ça !?

Faique c'est ça. Le gars me dit que je dois venir deux jours à Montréal. Nous sommes mercredi 16h, environ.

Je pète une petite fuse. Tsé péter une fuse, c'est ton circuit qui te dit que t'es en sur-tension. Tu demandes trop de jus au breaker. Y'a une limite de 20amp pis tu lui en demandes 25. Y peut pas.

Panique. Ça devient réel. Trop réel. Je dois quitter ma maison, deux jours. Je dois dormir ailleurs. Je dois faire beaucoup de route. Avec quelle voiture ? La minivan ? Bin non, ma conjointe va se déplacer comment ? Elle va devoir aller porter le plus grand à la garderie avec les jumelles, elle a besoin de la minivan. Mon pick-up ? Il va tu tenir le coup pour l'aller-retour ? J'ai payé ça 1,500 $, ça fait la job pour chârier mon stock quand je vais dans cours à bois chez Canac mais pour monter à Montréal ?

Le petit hamster y pédale en siou-plaît.

J'appelle l'entreprise régionale, la voix limite tremblante de nervosité. Je lui demande si à salaire X, il aurait accepté de m'engager. Je voulais quasiment qu'il dise non. Il a dit oui.

C'est que, dans mes choix de départ entre les deux offres, je devais décider entre deux continuité d'états :

  1. le travail à distance, où je ne côtoie que moi-même, chose qui me suffit amplement la majorité des jours de ma vie
  2. le travail avec des gens que je connais, où je sais exactement à quoi m'en tenir

Avais-je fais le bon choix ? Avais-je choisi la bonne constante ?

À ce moment, je sentais que le déplacement deux jours était trop. Puisque l'autre a dit qu'il aurait accepté de m'engager à plus gros salaire, je lui ai demandé s'il souhaitait aller de l'avant. Je lui ai expliqué pourquoi je ne souhaitais plus aller de l'avant avec l'autre. Je lui ai expliqué mon état. Il comprenait. Mais il n'était pas seul à décider. Ils sont deux. Lui me connait depuis longtemps et acceptait mes erreurs, l'autre ne me connaissait pas. J'avais juste l'air d'un extraterrestre bipolaire. J'ai donc écris un courriel à l'autre décideur dans lequel j'ai expliqué ce qui s'est passé, et que la décision lui revenait.

Il m'a souhaité la bienvenue dans l'équipe.

J'ai eu un énorme, énorme sentiment de soulagement. J'étais prêt à me déplacer chaque jour, à côté de chez moi. Je savais exactement à quoi m'attendre. J'avais des conditions idéales. Tout est bien qui fini bien, comme on dit.

Le même soir, j'ai écris un courriel à mon « premier » employeur... Aïe aïe aïe.

Monsieur [untel], Suite à notre plus récente discussion téléphonique, j'ai commencé à devenir perplexe face à mon choix. Je me suis rendu compte que la pression de prendre une décision aussi importante aussi rapidement m'a énormément épuisé, de sorte que je ne suis pas certain que mon choix était le plus éclairé. Je suis très incertain par rapport aux légers déplacements que le travail implique, le fait d'avoir discuté ensemble aujourd'hui des dispositions par rapport aux deux journées à [ville] m'ont fait prendre conscience de l'ampleur qu'un déplacement comme celui-ci représente pour moi, étant autiste Asperger. Comme vous me l'avez dit vous-même, vous ne voudriez pas d'un candidat qui ne soit pas certain de sa décision, au risque de quitter après quelques semaines. Je me retrouve donc dans la déplorable situation de vous annoncer que je préfère ne pas m'engager dans la signature de votre contrat de travail et ainsi laisser la place à un candidat. Pour ma part, l'incertitude me pousse à ne pas vouloir vous mettre dans l'embarras. Je suis conscient que cette annonce est contrariante et je vous prie de bien vouloir accepter mes plus sincères excuses. Jamais je n'aurais souhaité que cette situation se produise mais je préfère être honnête avec vous et minimiser le plus tôt possible les impacts négatifs de cette annonce. Milles excuses, Keven.

Puis, puisque mon article est ultra long, je vous pardonne infiniment cet oubli important :

La nuit porte conseil, mais ne prenez pas de décision hâtive. Si vous avez un doute, je préfère donner le poste à quelqu’un d’autre.

...

...

...

Pas besoin de vous dire comment je me suis senti.

J'ai d'abord déçu une relation de longue date que je courtisais depuis longtemps qui a dû se dire : bin voyons, y me niaises-tu d'aller vers quelqu'un d'autre après tant de niaisage !

Puis, j'ai possiblement mis dans la merde un employeur en revenant sur ma décision.

Pour terminer le dossier de l'entreprise remote, je n'ai pas eu de réponse de sa part. Ça ne me surprenais pas tant que ça, je me disais qu'il devait être en giga tabar.... Avec raisons.

Mais. Non. Wow. 14 jours plus tard.

Si vous me le permettez, j’aimerais clarifier quelque chose avant de définitivement fermer le dossier. Je vous avoue que suite à la réception de votre courriel j’ai conclu, peut-être à tort, que la raison fournie du désistement était plutôt un prétexte. Vous m’aviez demandé une date limite au mercredi initialement et finalement vous vous êtes désistez le mercredi. J’ai présumé que vous aviez reçu votre réponse de l’autre candidature et que vous préfériez accepter celle-ci. Si ce n’est pas le cas et que la raison était réellement la difficulté de déplacement vu votre condition, nous pouvons accommoder cela sans problème et faire en sorte qu’il n’y ait pas de déplacement à Montréal (sauf si vous désirez venir au party de Noel). C’est quelque chose qui peut se faire sans problème. Bref si vous étiez vraiment intéressé par le projet et que c’était le seul élément qui vous faisait hésiter, nous pourrons vous accommoder sans problème.

J'en revenais pas.

De l'ouverture d'esprit des gens. De leur capacité à pardonner. De leur capacité à accepter des différences, sans trop poser de questions pour les comprendre. À juste accepter et trouver des solutions.

L'entreprise régionale aurait pus dire... : « Après m'avoir courtisé pendant des mois, m'avoir dit que t'étais prêt pour un move, après avoir fait une offre plus que correct, m'avoir tourné le dos, tu me demandes si je te prendrais toujours avec une importante hausse de salaire ? Noooooooope. ». Mais non. Juste de l'ouverture, de l'acceptation, de la compréhension.

L'entreprise remote aurait pus dire.... rien. Me laisser en plan. Je l'aurais mérité. Mais non. De l'ouverture.

Les gens sont géniaux.

Toujours dans l'optique de clore le dossier de l'entreprise remote, car non cher lecteur, nous ne sommes pas encore arrivé à la vrai raison de ce long article, voici ma réponse au merveilleux courriel d'ouverture précédent :

Je suis (agréablement) surpris d'avoir une réponse de votre part. Je vous pensais, et avec raison, trop contrarié pour me répondre. Et j'aurais compris... Bien qu'il soit vrai que le « timing » de mon courriel de désistement ai coïncidé avec ma demande de date limite, il n'y a pas de lien. Je devais vous donner une réponse lundi et j'attendais une autre offre ce même lundi. Donc en théorie, j'avais toutes les données en ma possession afin de prendre une décision. Je n'attendais après aucune autre offre. Et comme de fait, lorsque je vous ai donné ma décision, j'avais l'autre offre en main. Je souhaitais plutôt me laisser au moins deux jours afin de bien y réfléchir. N'ayant pas eu ce temps de réflection, j'ai pris ce que je croyais être la bonne décision à ce moment, soit d'aller avec vous. Je vous l'ai donc annoncé avec joie le lundi. J'ai aussi annoncé à l'autre que j'allais avec vous. Puis le mercredi lorsque nous avons discuté de ma venue réelle à Montréal, j'ai figé. J'ai douté, j'ai stressé. Et j'ai reculé. Étant donné que je devais prendre ma décision rapidement afin de ne pas vous mettre dans le trouble, la seule solution à laquelle j'ai pensé a été de rebrousser chemin afin de ne pas vous décevoir davantage, et de vous faire perdre un autre candidat. Je suis très exigent envers moi-même et ce genre de choses me déçoit terriblement de ma part. Je souhaite toujours être au top de mes performances et livrer la marchandise. J'adore prendre les rôles qu'on me donne et les exploiter au max de leur performance. Mais je réussi seulement à le faire dans un cadre qui me convient et qui est différent des autres. C'est vrai que parfois ça peut avoir l'air compliqué, mais je préfère ne pas le voir de cette façon. Tout ça se gère vraiment bien en se donnant le temps. Mais du temps, je ne sentais pas du tout que j'en avais. En y allant progressivement, probablement que j'aurais pus me déplacer à Montréal éventuellement. Mais ce déplacement, avec la vente de ma maison, l'achat d'une nouvelle, la livraison d'un gros mandat où la pression est à son comble, bref, tout ceci a créé un environnement explosif dans lequel j'ai voulu me retirer « d'une situation de trop », si on veut. Voilà pour l'explication.

Puis, lui de répondre :

Merci beaucoup pour les précisions. Comme je vous le disais, votre réaction m’a surpris considérant que j’avais l’impression que vous aviez un intérêt pour le mandat considérant que le projet est majeur et sera utilisé par des milliers de personnes à tous les jours. Nous voulons une expérience vraiment riche digne des grands sites de ce monde et c’est la raison pour laquelle nous avons budgété un demi-million de dollars au projet de refonte. Bref, nous croyons que c’est une occasion intéressante pour quelqu’un qui veut participer au développement car vous aurez votre mot à dire dans le développement. Maintenant que la confusion est dissipée, je crois comprendre que vous avez toujours un intérêt pour le poste ? Dans l’affirmative, est-ce que la seule chose qui accrochait était les déplacements ? Sinon y a-t-il autre chose ? Nous sommes des gens très accommodants donc tant que c’est dans les limites du raisonnables, nous pourrons certainement trouver un point d’entente. Bref si vous avez toujours de l’intérêt pour le poste, juste à nous aviser et nous regarderons comment procéder pour vous incorporer dans l’équipe le plus facilement possible. Une dernière chose, si vous décidez de joindre notre équipe, et que quelque chose ne va pas, n’hésitez pas à m’en parler, nous serons à l’écoute et s’assurerons de nous adapter pour éviter les situations stressantes.

Je sais que c'est beaucoup de lecture. Mais vraiment, moi, je trouve que ça vaut la peine. « [...] nous serons à l’écoute et s’assurerons de nous adapter pour éviter les situations stressantes ».

Devenir employé me rendait anxieux. Ma liberté de propriétaire de ma propre entreprise me laissait aussi être 100 % moi-même, sans nul besoin de me soucier de plaire (dans la limite du raisonnable avec mes clients, hein !). Dans le sens où tout était axé sur mon bien-être personnel, tout simplement. Lire ce genre de choses d'un employeur m'a rendu énormément heureux, et je trouvais important de vous le partager. Ce n'est probablement pas tout le monde qui peuvent jouir d'un employeur aussi ouvert, et c'est dommage, car je trouve ça beau.

Donc voilà, je lui ai dis que j'avais maintenant un emploi et là, vraiment, je n'ai plus eu de réponses.

Ce dossier est clos.

C'est alors que j'ai débuté mon emploi dans l'entreprise régionale.

Ça a frappé comme un train. Chaque jour un peu plus fort.

J'ai débuté un lundi. Le vendredi précédent, je suis allé m'installer. J'ai apporté mes propres bureaux, mon ordinateur, mon écran, etc. Faut dire que j'étais ultra bien équipé déjà ! J'étais excité de commencer.

Puis lundi arrive. J'arrive un peu avant 8h.

(À partir d'ici, je reprend la rédaction de cet article de blogue plusieurs mois après, c'est donc un peu moins détaillé mais je tenais à terminer cet article)

Puisque je travaillais déjà sur un projet avec cette entreprise, je devais simplement continuer le même projet. Donc même tâche que le vendredi d'avant, mais à un endroit différent. Mais ma tête n'y est pas. Je me sens anxieux. J'ai oublié mes « pillules contre l'anxiété » (clonazepam). Et des chaussures (car c'est l'hiver et que sans chaussure de rechange on apporte avec nous sous nos pieds plein de saleté, ce que j'ai fais). Je suis découragé, je me sens surpassé. J'ai l'impression d'être dans une cage. D'être emprisonné à tout jamais. Que 16h n'arrivera jamais. Il est 9h30.

Je commence à avoir chaud. Suis-je à la hauteur ? Que fais-je ici ? Était-ce la bonne décision ?

Il fait trop clair. Je suis trop anxieux, mes sens sont encore plus aiguisés, j'entends l'électricité. Je ferme la lumière, mais trois commentaires de stupéfaction suivent en 30 minutes. Il fait trop chaud. Ah! Un seul thermostat pour la moitié de l'étage. Ce n'est pas insonorisé. Cours, Keven, cours!

Crise. D'anxiété. Généralisée.

Je prends mes clefs, je ramasse mes choses et je quitte. Je sacre mon camp! Une fois la porte passée, je suis soulagé. Tellement soulagé. Je respire.

J'ai passé 1h30 au bureau en tout.

Arrivé à la maison, je m'écroule. Je suis épuisé.

En si peu de temps, je suis passé d'un état d'excitation, de hâte, à une crise d'anxiété généralisé. Avais-je mal évalué mon anxiété ? Probablement ? Mes limites ? Très certainement.

J'ai écris un courriel au patron lui expliquant pourquoi j'ai quitté et qu'il faudrait y aller plus progressivement. Deux avant-midi cette semaine-ci, puis trois la suivante, puis quatre, puis cinq, puis qu'on verrait ensemble ensuite. Le reste, je le travaille de la maison. Il a accepté, j'étais soulagé.

Le lendemain, je me suis rendu au bureau comme prévu, en sachant que c'était seulement pour l'avant-midi, et que c'était la dernière journée que j'y allais cette semaine-là. Ça s'est bien passé, j'étais satisfait de mon arrangement.

Mais on aurait dit que quelque chose était brisé. J'étais toujours fatigué. Je ne voyais que du noir, je n'avais plus envie de rien, j'étais comme un zombie. Ça semblait différent des fois précédentes (#1, #2). Je suis donc allé consulter. Une psychologue me dit que c'est une dépression. Ça semble faire du sens. Je vais voir mon médecin de famille qui me prescrit des anti-dépresseurs. Je les prends. Après moins d'une semaine, j'avais des douleurs à l'aine, une grosse baisse de libido, de la difficulté à avoir une érection et ça prenait une éternité éjaculé, tellement que je n'écajulais plus. Ça me rendait plus anxieux qu'autre chose, même s'il semblait effectivement y avoir des effets positifs sur le nuage gris qui couvrait ma tête. J'ai décidé d'arrêter les anti-dépresseurs après environ deux semaines, je lisais trop d'histoire d'horreur au sujet de celui que je prenais, et je n'avais pas envie d'en essayer 3-4.

J'ignore si ça m'a donné le petit boost dont j'avais besoin, mais tranquillement, le nuage s'est transformé en brouillard, puis en brouillard intermittent, jusqu'à me retrouver.

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